Valorisation avant cession de votre PME : les flux prévisionnels de trésorerie

Les écarts de valorisation avant cession de votre PME

d’après les flux prévisionnels de trésorerie.

Après l’actif net comptable et la méthode des multiples traités la semaine dernière,

Nous traiterons aujourd’hui les deux sujets suivants :

les flux prévisionnels de trésorerie (prévision de cash flow)

la méthode DCF (Discounted Cash Flow)

(version podcast, à écouter, ou télécharger (clic droit) en bas de l’article)

  • Les prévisions de cash flows de votre PME à transmettre sont toujours optimistes …

Si vous ne pensez pas valoriser votre PME à partir de l’actif net, pour les raisons que nous avons vues la semaine dernière,

une méthode alternative à celle des multiples, consiste à le faire à partir d’une projection de flux de trésorerie,

que vous devez normalement faire dans le cadre de votre plan de développement stratégique (business plan).

  • Comment établir les flux prévisionnels de trésorerie de votre PME à céder

Le principe est le suivant:

Vous partez de la CAF (Capacité d’Auto Financement = Résultat Net + Amortissement),

qui sont les ressources du Tableau Emplois Ressources de Trésorerie,

desquelles vous soustrayez les emplois suivants éventuels :

– la variation du BFR

– le besoin en investissement

– les annuités des emprunts

– et le versement éventuel de dividendes

Il en résulte un solde de trésorerie, ou flux de trésorerie net, que vous allez capitaliser sur la période business plan (5 ans).

Cette valeur actualisée s’obtient moyennant l’application d’un taux d’actualisation (nous y revenons ci-dessous : le DCF).

  • Quelles erreurs à ne pas commettre sur les flux prévisionnels de trésorerie de votre PME à vendre ?

Des écarts, voire des erreurs peuvent se glisser,dans l’évaluation de chacune de ces composantes, par le jeu de simplifications couramment faites :

– la non variation du Besoin en Fonds de Roulement

– le rythme d’investissements inchangé : tentation fréquente de considérer qu’on est en palier d’investissement : investissement = amortissement

alors que, s’il y a un minimum de croissance, il y a non seulement investissement de développement des capacités mais aussi de compétitivité renouvelée

– en cas de multiples segments stratégiques, une moyenne trompeuse est souvent calculée sur l’ensemble, faute d’analyse stratégique précise.

Sur le fond, et au-delà des simplifications abusives, ces prévisions sont toujours optimistes car elles simulent dans le temps la continuation d’un équilibre stratégique, pourtant toujours précaire :

– taux de profitabilité inchangé (prix, marge, coûts)?

taux de croissance continu d’année en année ?

– taux de réussite constant sur les nouveaux projets ?

– et quid du développement d’une nouvelle concurrence ?

Quels sont les secteurs d’activité où il serait possible de faire l’hypothèse de flux de trésorerie constants, et, en plus, quasiment à l’infini ?

Voyons dans un tableau simplifié l’impact de ces hypothèses :

1er tableau

Actualisation Flux tresorerie prévisionnels

  • Les pièges possibles de la méthode DCF pour les PME à vendre

Qu’est que la méthode DCF de valorisation de l’entreprise ?

Principe: on calcule la valeur actualisée de la somme des flux de trésorerie prévisionnels.

C’est un calcul mathématique bien connu, qui consiste à sommer chaque flux annuel actualisé par un taux dit d’actualisation.

Question : sur combien d’années calcule t-on cette valeur ?

On pourrait bien sûr la calculer jusqu’à l’infini, … ce qui n’aurait pas beaucoup de sens compte tenu de la remarque déjà faite sur la remise en cause de l’équilibre stratégique.

Donc il est d’usage de s’arrêter à la 5ème année, … ce qui représente déjà un sacré pari sur l’avenir !

Question : quel taux d’actualisation ?

Un taux d’actualisation doit normalement intégrer les 2 composantes clés :

– le taux de rémunération standard de tout projet financier à même échéance

– et, bien sûr, la prime de risque : plus la prévision est risquée, plus le taux d’actualisation est élevé.

Retenons les ordres de grandeur suivants:

– pour un profil de PME moyennement risqué : 15%

– pour un profil de PME à risque plus élevé : 25%

– pour un profil de PME très risqué (dont forte croissance) : 35%

 

2ème tableau : écarts de valorisation dus au taux d’actualisation

Ecarts Taux Actualisation

Il en ressort que le choix du taux d’actualisation influe grandement sur le résultat de valorisation.

Donc appréciez bien le profil de risque.

Pour comparer avec la méthode des multiples, 6 sur le RN moyen de 100, qui aurait donné : 600 ,

il faut faudrait continuer le calcul de DCF jusqu’à la valeur terminale, ô combien hypothétique…

Disons que cela ferait tendre la valeur vers 300 – 400, selon le taux d’actualisation retenu.

A noter que dans ce cas il y a bien eu besoin d’un investissement supérieur aux amortissements,

mais dont la profitabilité est susceptible de n’advenir qu’au delà des 5 ans du plan (cf. le profil de croissance du flux de trésorerie en fin de période),

ce qui n’est pas implicitement retenu dans la méthode des multiples qui raisonne souvent à situation constante.

CONCLUSION :

Rien ne vaut l’analyse stratégique de vos activités pour faire des hypothèses réalistes sur vos flux prévisionnels de trésorerie.

En effet, un acheteur sera souvent peut-être intéressé stratégiquement par une partie seulement de votre activité plutôt que dans sa globalité.

Dans ce cas, faites bien le distinguo entre les différents segments stratégiques, minimisez éventuellement la valeur estimée de la partie qui ne l’intéresse pas,

pour bien valoriser celle qu’il veut faire croître

ACTION :

Retravaillez votre plan de développement stratégique pour mieux différencier vos différents domaines d’activités stratégiques.

Faites plusieurs simulations pour en déduire l’impact sur la valorisation de chacune de vos activités, et la valeur totale de votre PME.

Et soyez prêt à convaincre votre acheteur de votre vision!

 

Réagissez à mes propositions par des questions dans le commentaire de l’article.

Merci pour votre attention.

La semaine prochaine : 3ème et dernier article :

La méthode des comparables, et la moyenne des méthodes.
Jacques Jourdy.

Vous savez maintenant maîtriser les écarts de valorisation dans les flux prévisionnels de trésorerie avant cession de votre PME.

Valorisation avant cession de votre PME : actif net et méthode des multiples

Les écarts de valorisation de votre PME, avant cession, entre actif net et méthode des multiples sont une source fréquente d’incompréhension entre vendeurs et acheteurs.

Revenons sur les écarts possibles, et classiques, de valorisation de votre PME, avant cession, entre les différentes méthodes, à savoir :

– l’actif net comptable (dite la méthode patrimoniale)

– la méthode des multiples

– les prévisions de cash flow (flux prévisonnels de trésorerie)

– la méthode DCF

– la méthode des comparables

– la « moyenne des méthodes »

Nous traiterons aujourd’hui les deux premiers sujets :

l’actif net comptable (méthode patrimoniale)

la méthode des multiples

(version podcast, à écouter, ou télécharger (clic droit) en bas de l’article)

  • L’actif net comptable avant cession de votre PME  n’est qu’une photo de votre entreprise, qui évolue sans cesse …

  • La valeur de marché avant cession de votre PME  est souvent déconnectée de sa valeur comptable

La valeur comptable, à un instant donné, dépend, entre autres, du cycle d’investissements réalisés,

– soit pour maintenir l’outil industriel à son niveau de compétitivité,

– soit pour développer les capacités et générer de la croissance

Le poids du financement de ces investissements va donc peser sur le résultat de l’entreprise,

alors que son chiffre d’affaires n’a pas encore atteint son nouveau palier,

et que son résultat économique n’en traduit pas tous les effets.

Inversement, une entreprise apparaissant très rentable

n’a peut-être pas assez renouvelé ses équipements industriels pour maintenir sa compétitivité,

ou permettre son développement.

  • La valeur de marché avant cession de votre PME, elle, dépend surtout de l’évolution de sa capacité bénéficiaire

Or cette capacité bénéficiaire provient tout autant de

– la bonne gestion économique de l’activité (qui se juge bien, certes, à partir des données comptables)

– que du positionnement de votre entreprise sur son marché et par rapport à la concurrence,

sur lequel les données comptables ne nous disent rien !

Aborder la valorisation d‘une entreprise par l’actif net va immanquablement amener les 2 parties à la négociation à des positions sensiblement éloignées :

Argument du vendeur : la valeur de l’actif (point de départ) va être augmenté d’un certain nombre de réévaluations : valeur de remplacement des machines, qualité du portefeuille clients , … etc.

Argument de l’acheteur : les actifs immobilisés ne permettent pas d’assurer la croissance nécessaire à l’obtention des résultats attendus, d’où un besoin de réinvestissements, lequel va nécessiter un endettement, ce qui veut dire une injection de cash de la part du repreneur, qui est autant de cash en moins pour payer l’entreprise !

Vous voyez bien que les points de vue vont être diamétralement opposés, ce qui peut générer un écart très important, et va rendre la négociation très difficile.

D’ailleurs la dé-corrélation de la valeur comptable par rapport à la valeur de marché se vérifie également sur les très grandes entreprises, où le rapport entre les deux modes de valorisation peut facilement varier de 1 à 5.

Exemple : un tableau simplifié de 2 PME, dans le même environnement concurrentiel, avec des positionnements comparables, de taille comparable.

La première en début de cycle d’investissement (vision acheteur), la deuxième en fin de cycle (vision vendeur) :

Chiffres clés

PME 1 (position acheteur)

PME 2 (position vendeur)

CA

1000

1000

EBE

200

180

Endettement

250

Frais Financiers

15

Amortissement

80

20

REX

105

160

RN

70

107

Valeur marché

420

640

Actif net

350

387

 

Moralité : pour juger de la validité d’une valorisation, il faut pouvoir apprécier la pertinence des investissements nécessaires et suffisants pour garantir la pérennité de l’entreprise :

– maintien de la compétitivité au minimum,

– et investissements de croissance si le secteur est en croissance, ou que la position de leader est encore à construire.

 

  • L’application de la méthode des multiples pour déterminer la valeur de marché, avant cession, de votre PME

En effet la méthode des multiples paraît simple (du moins dans le calcul), mais il faut s’assurer qu’on l’applique avec discernement à des entités économiques comparables.

A cette condition il est possible d’appliquer des coefficients standard à des sociétés d’un même secteur d’activités.

  • Valeur de marché, de l’entreprise ou des actions?

Rappelons qu’il faut d’abord distinguer 2 sortes de multiples habituellement utilisés:

– Un multiple pour déterminer la valeur de marché de votre entreprise: celui-ci est indépendant du mode de financement.

Il va donc s’appliquer au REX, ou à l’EBE (donc avant frais financiers)

– Un multiple pour déterminer la valeur de marché des actions, c’est-à-dire tenant compte du mode de financement.

Il s’applique alors au RN, voire le Résultat Courant

Le lien entre ces deux notions est le suivant :

 Valeur des actions =

Valeur entreprise – Endettement net + Trésorerie excédentaire

(Trésorerie excédentaire : celle qui n’est pas strictement nécessaire à l’exploitation courante).

  • La méthode des multiples requiert des retraitements comptables pour votre PME avant cession

Dans tous les cas, des retraitements sont nécessaires. Pour ne citer que les principaux :

– la prise en compte de l’existence d’un crédit-bail,

– le financement éventuel du poste client,

– l’existence d’actifs et de passifs hors exploitation, qui peuvent majorer ou minorer le résultat

la rémunération des dirigeants, en particulier si celle-ci est entièrement réalisée sous forme de dividendes. Il faut réintégrer l’équivalent d’un salaire normal de dirigeant (avec les charges sociales attenantes)

Rappelons que le coefficient multiplicateur est dépendant du secteur, et du niveau de risque spécifique de l’activité.

Retenons en moyenne les ordres de grandeur suivants des multiples :

pour le REX : de 4 à 5

pour le RN : de 6 à 7

Exemple : Reprenons notre exemple :

Supposons leur trésorerie excédentaire identique et proche de zéro :

Chiffres clés

PME 1

PME 2

CA

1000

1000

EBE

200

180

Endettement

250

Frais Financiers

15

Amortissement

80

20

REX

105

160

RN

70

107

Valorisation de marché

420

640

Valorisation des actions

170

640

 

CONCLUSION : Ce qui contribue à la valorisation de votre PME, et donc de vos actions, c’est

– son modèle économique dégageant plus ou moins de valeur ajoutée, et de marge bénéficiaire

– son mode de financement

– et sa dynamique de croissance

 

ACTION :

Faites l’exercice d’appliquer les différentes méthodes de valorisation de votre PME, pour mesurer les écarts qu’elles apportent.

Vous comprendrez mieux alors l’intérêt de bien bâtir le plan de développement stratégique de votre PME, avec son financement nécessaire, et être prêt à challenger la vision de votre futur acheteur.

 

J’attends vos réactions.

La semaine prochaine : les erreurs possibles sur les méthodes fondées sur

les flux prévisionnels de trésorerie.

Merci pour votre attention.
Jacques Jourdy.

Vous pouvez déjà comprendre les écarts de valorisation avant cession de votre PME,  entre actif net et méthode des multiples.