Valorisation de votre PME par un expert comptable spécialisé

Combien vaut votre entreprise pour un expert-comptable spécialisé en cessions de PME?

Les retraitements des comptes sociaux pour obtenir des résultats normatifs

(version podcast, à écouter, ou télécharger (clic droit) en bas de l’article)

  • Rémunération normative d’un dirigeant de PME

L’usage veut que la rémunération normée d’un dirigeant de PME se situe à 100 k €, chargé (dirigeant en TNS) ou 120 k € chargé, en dirigeant salarié. C’est une « moyenne ».

Car, dans le monde des PME, on observe des situations très contrastées : certains ne se paient que 40 k € (plus des dividendes parfois),

quand d’autres s’allouent 350 k € …

Le repreneur, lui, sera d’autant plus crédible vis-à-vis du cédant comme du banquier, qu’il prévoira une rémunération inférieure ou égale à ces 100 k €.

  • Les frais généraux ne doivent pas être le train de vie du cédant

Il s’agit aussi de modérer des dépenses qui tiennent parfois plus du train de vie du propriétaire que des besoins de l’exploitation de la société.

Attention donc aux frais de voyages qui sortent de la zone géographique normale de l’activité : « voyages d’études » lointains, réception de clients dans des lieux haut de gamme, …

Dépenses plutôt discrétionnaires, et non strictement indispensables.

  • Le montant du loyer payé à la SCI du propriétaire doit être normal

Certains patrons de PME sur-évaluent le montant du loyer pour se procurer un revenu complémentaire significatif.

Il faut raison garder et rester conforme aux valeurs de locations de bureaux et locaux industriels sur le marché local. Facile à observer sur le marché de l’immobilier industriel local.

Attention également à la durée de bail restant à courir, et surtout, à l’application ou non des clauses d’indexation : si cela n’a pas été fait, le bailleur, après cession, peut réclamer l’arriéré.
A provisionner alors dans la Garantie d’Actif et de Passif.

  • Examen des charges et produits d’exploitation non récurrents

Point plus délicat, car nécessitant de rentrer dans le détail des écritures comptables, et pour peu qu’elles aient été bien traitées par le comptable de la société.

Il est arrivé que des charges ou des produits exceptionnels de nature financière aient été passées, par erreur, en charges ou produits d’exploitation.

Conséquence : cela fausse le REX sur lequel est appliqué le multiple !

  • Niveau d’investissement courant : ni trop ni trop peu

Avant cession, certains cédants ont tendance à ralentir le niveau d’investissement, pour deux raisons essentielles :

– ils n’en voient pas la nécessité à court terme, compte tenu de leur départ

– cela permet de faire monter (artificiellement) le REX, … sur lequel s’applique le multiple de valorisation !

En fonction de l’âge des machines et des besoins d’exploitation, il vaut mieux connaître le métier pour le repreneur, afin d’estimer le juste niveau d’investissements cohérent avec le positionnement de l’entreprise.

  • Engagements de Haut de bilan : les départs en retraite

Dernier point souvent négligé : les prochains départs en retraite des cadres.
Ont-ils été provisionnés ou non ?

Si non, il faut estimer le montant des départs dans les 3 à 5 ans à venir et en tenir compte dans la valorisation.

Les différences entre la valorisation et le prix …

  • Le problème des valorisations patrimoniales pour les PME

La valorisation patrimoniale consiste à faire la somme de l’actif net et d’une sur-valeur appelée « goodwill ».

Cette sur-valeur doit reposer sur un avantage concurrentiel notoire lié à un actif incorporel : une marque ayant une forte notoriété, brevet garantissant des revenus de licences sur n années, voire un savoir faire spécifique.

Tout le problème est l’évaluation de cette sur-valeur …

Valeur parfois très subjective de la part du cédant …

Il est préférable de partir d’un point de vue de marché et faire apprécier cette sur-valeur par un acteur neutre, crédible. Exemple : un concurrent !

Au total, la méthode patrimoniale a du sens pour les grosses industries, les grands marques plutôt que pour les PME.

  • Méthode la plus généralement utilisée : multiple du REX retraité

Elle consiste, comme nous l’avons déjà vu dans les articles précédents, à prendre le REX retraité (de tous les points vus ci-dessus) et appliquer un multiple.

En général, aujourd’hui, c’est 5. Cela a, parfois, été plus élevé : 6, avant 2008!

Pour de l’industrie, c’est plutôt 4,5.

Pour du second œuvre de bâtiment le multiple est autour de 3,5 à 4

  • Test de faisabilité : calcul de la dette d’acquisition

Comme vu dans les précédents articles, la valeur de marché va dépendre du niveau de la dette d’acquisition que peut financer la rentabilité de l’entreprise.

Reprenons notre exemple :

REX retraité : 250 k €. RN = 150 k €. Tréso excédentaire : 700 k €.

Multiple : 5. Valorisation = (5×250) + 700 = 1,950 k €.

C’est le prix du repreneur industriel.

Cash Flow = RN + amortissement – investissement.

Dans le cas présent : investissement = amortissement.

Capacité d’endettement = 70% du Cash Flow = 105 k €  an sur 7 ans, soit un emprunt de 735 k €.

C’était bien le montant du repreneur physique, tel que vous l’avez vu dans le premier article de dernière série de 3 articles sur la valorisation de votre PME.

Conclusions :

1) Le problème de la valorisation d’une PME ne tient pas tant à la méthode, qu’au travail d’analyse des comptes pour calculer un REX représentatif de la réalité de l’exploitation normale de  l’entreprise à céder

2) La preuve par 9 est apportée par la capacité d’endettement que peut supporter l‘entreprise après son rachat.

3) La valeur finale que pourra proposer un acquéreur dépendra en dernier lieu de son apport personnel et du prix d’acquisition stratégique qu’il est prêt à payer éventuellement.

A la semaine prochaine, pour parler des SCOP, sujet en pleine discussion aux Assemblées … et parmi les patrons de PME.

Merci pour votre attention.

Jacques Jourdy.

Vous savez aussi combien vaut votre entreprise pour un expert-comptable spécialisé en cessions de PME.

 

Valorisation avant cession de votre PME : actif net et méthode des multiples

Les écarts de valorisation de votre PME, avant cession, entre actif net et méthode des multiples sont une source fréquente d’incompréhension entre vendeurs et acheteurs.

Revenons sur les écarts possibles, et classiques, de valorisation de votre PME, avant cession, entre les différentes méthodes, à savoir :

– l’actif net comptable (dite la méthode patrimoniale)

– la méthode des multiples

– les prévisions de cash flow (flux prévisonnels de trésorerie)

– la méthode DCF

– la méthode des comparables

– la « moyenne des méthodes »

Nous traiterons aujourd’hui les deux premiers sujets :

l’actif net comptable (méthode patrimoniale)

la méthode des multiples

(version podcast, à écouter, ou télécharger (clic droit) en bas de l’article)

  • L’actif net comptable avant cession de votre PME  n’est qu’une photo de votre entreprise, qui évolue sans cesse …

  • La valeur de marché avant cession de votre PME  est souvent déconnectée de sa valeur comptable

La valeur comptable, à un instant donné, dépend, entre autres, du cycle d’investissements réalisés,

– soit pour maintenir l’outil industriel à son niveau de compétitivité,

– soit pour développer les capacités et générer de la croissance

Le poids du financement de ces investissements va donc peser sur le résultat de l’entreprise,

alors que son chiffre d’affaires n’a pas encore atteint son nouveau palier,

et que son résultat économique n’en traduit pas tous les effets.

Inversement, une entreprise apparaissant très rentable

n’a peut-être pas assez renouvelé ses équipements industriels pour maintenir sa compétitivité,

ou permettre son développement.

  • La valeur de marché avant cession de votre PME, elle, dépend surtout de l’évolution de sa capacité bénéficiaire

Or cette capacité bénéficiaire provient tout autant de

– la bonne gestion économique de l’activité (qui se juge bien, certes, à partir des données comptables)

– que du positionnement de votre entreprise sur son marché et par rapport à la concurrence,

sur lequel les données comptables ne nous disent rien !

Aborder la valorisation d‘une entreprise par l’actif net va immanquablement amener les 2 parties à la négociation à des positions sensiblement éloignées :

Argument du vendeur : la valeur de l’actif (point de départ) va être augmenté d’un certain nombre de réévaluations : valeur de remplacement des machines, qualité du portefeuille clients , … etc.

Argument de l’acheteur : les actifs immobilisés ne permettent pas d’assurer la croissance nécessaire à l’obtention des résultats attendus, d’où un besoin de réinvestissements, lequel va nécessiter un endettement, ce qui veut dire une injection de cash de la part du repreneur, qui est autant de cash en moins pour payer l’entreprise !

Vous voyez bien que les points de vue vont être diamétralement opposés, ce qui peut générer un écart très important, et va rendre la négociation très difficile.

D’ailleurs la dé-corrélation de la valeur comptable par rapport à la valeur de marché se vérifie également sur les très grandes entreprises, où le rapport entre les deux modes de valorisation peut facilement varier de 1 à 5.

Exemple : un tableau simplifié de 2 PME, dans le même environnement concurrentiel, avec des positionnements comparables, de taille comparable.

La première en début de cycle d’investissement (vision acheteur), la deuxième en fin de cycle (vision vendeur) :

Chiffres clés

PME 1 (position acheteur)

PME 2 (position vendeur)

CA

1000

1000

EBE

200

180

Endettement

250

Frais Financiers

15

Amortissement

80

20

REX

105

160

RN

70

107

Valeur marché

420

640

Actif net

350

387

 

Moralité : pour juger de la validité d’une valorisation, il faut pouvoir apprécier la pertinence des investissements nécessaires et suffisants pour garantir la pérennité de l’entreprise :

– maintien de la compétitivité au minimum,

– et investissements de croissance si le secteur est en croissance, ou que la position de leader est encore à construire.

 

  • L’application de la méthode des multiples pour déterminer la valeur de marché, avant cession, de votre PME

En effet la méthode des multiples paraît simple (du moins dans le calcul), mais il faut s’assurer qu’on l’applique avec discernement à des entités économiques comparables.

A cette condition il est possible d’appliquer des coefficients standard à des sociétés d’un même secteur d’activités.

  • Valeur de marché, de l’entreprise ou des actions?

Rappelons qu’il faut d’abord distinguer 2 sortes de multiples habituellement utilisés:

– Un multiple pour déterminer la valeur de marché de votre entreprise: celui-ci est indépendant du mode de financement.

Il va donc s’appliquer au REX, ou à l’EBE (donc avant frais financiers)

– Un multiple pour déterminer la valeur de marché des actions, c’est-à-dire tenant compte du mode de financement.

Il s’applique alors au RN, voire le Résultat Courant

Le lien entre ces deux notions est le suivant :

 Valeur des actions =

Valeur entreprise – Endettement net + Trésorerie excédentaire

(Trésorerie excédentaire : celle qui n’est pas strictement nécessaire à l’exploitation courante).

  • La méthode des multiples requiert des retraitements comptables pour votre PME avant cession

Dans tous les cas, des retraitements sont nécessaires. Pour ne citer que les principaux :

– la prise en compte de l’existence d’un crédit-bail,

– le financement éventuel du poste client,

– l’existence d’actifs et de passifs hors exploitation, qui peuvent majorer ou minorer le résultat

la rémunération des dirigeants, en particulier si celle-ci est entièrement réalisée sous forme de dividendes. Il faut réintégrer l’équivalent d’un salaire normal de dirigeant (avec les charges sociales attenantes)

Rappelons que le coefficient multiplicateur est dépendant du secteur, et du niveau de risque spécifique de l’activité.

Retenons en moyenne les ordres de grandeur suivants des multiples :

pour le REX : de 4 à 5

pour le RN : de 6 à 7

Exemple : Reprenons notre exemple :

Supposons leur trésorerie excédentaire identique et proche de zéro :

Chiffres clés

PME 1

PME 2

CA

1000

1000

EBE

200

180

Endettement

250

Frais Financiers

15

Amortissement

80

20

REX

105

160

RN

70

107

Valorisation de marché

420

640

Valorisation des actions

170

640

 

CONCLUSION : Ce qui contribue à la valorisation de votre PME, et donc de vos actions, c’est

– son modèle économique dégageant plus ou moins de valeur ajoutée, et de marge bénéficiaire

– son mode de financement

– et sa dynamique de croissance

 

ACTION :

Faites l’exercice d’appliquer les différentes méthodes de valorisation de votre PME, pour mesurer les écarts qu’elles apportent.

Vous comprendrez mieux alors l’intérêt de bien bâtir le plan de développement stratégique de votre PME, avec son financement nécessaire, et être prêt à challenger la vision de votre futur acheteur.

 

J’attends vos réactions.

La semaine prochaine : les erreurs possibles sur les méthodes fondées sur

les flux prévisionnels de trésorerie.

Merci pour votre attention.
Jacques Jourdy.

Vous pouvez déjà comprendre les écarts de valorisation avant cession de votre PME,  entre actif net et méthode des multiples.