Après pigeons et poussins voici les vieux renards patrons de PME

Après les pigeons et les poussins, haro sur les vieux renards patrons de PME !

Comment le monde politique, qui use et abuse de la rhétorique,

peut en arriver à une argumentation trompeuse,

et provoquer des conséquences négatives ….

Le projet de loi sur l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) présenté en Conseil des Ministres ce mercredi 24 Juillet va impacter directement le monde des PME, …

mais peut-être pas dans le sens prévu par le gouvernement !

Quelques rappels essentiels :

– ce projet a pour but de développer ce secteur de l’économie, l’ESS (10% du PIB de la France), en l’aidant à trouver des financements, via la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui va lui consacrer 500 Millions € de crédits,

– ce projet favorisera également les reprises d’entreprises (PME) par leurs salariés, en promouvant les SCOP (Sociétés coopératives et participatives), structure typique du monde de l’ESS,

– … et pour cela les patrons de PME seront obligés d’informer leurs salariés, au moins deux mois à l’avance, de la mise en vente de leur entreprise, afin que des acteurs de l’ESS puissent systématiquement formuler une offre de reprise avec les salariés!

  • 1) Qu’y a-t-il de trompeur dans l’argumentaire de ce projet de loi sur la transmission des PME à des SCOP?

C’est une déduction, trompeuse, faite à partir de ces deux constats, vrais  :

1er constat du ministre : « Chaque année, 50 000 à 100 000 emplois (soit environ 6 000 PME) sont détruits dans des entreprises qui ne trouvent pas de repreneurs, alors qu’elles ne sont pas en difficultés … »

2ème constat : le rachat de PME par ses salariés représente environ 24% des solutions de transmission de PME (contre 43% à des tiers extérieurs, 8% en famille, et 25% de disparition – source CRA), et le modèle SCOP ne représente qu’une toute petite minorité de ces rachats par les salariés : quelques dizaines par an, seulement!

-> hypothèse sous-jacente : c’est la méconnaissance de ce statut de SCOP qui en ferait une solution si peu souvent choisie … (idée reprise par Benoît Hamon au congrès des SCOP de Novembre 2012) ?

Déduction trompeuse : il faut donc augmenter les rachats de PME par des SCOP !

D’où les moyens prévus, financièrement, et surtout, l’obligation d’information, à l’avance, des salariés, POUR TOUTES LES PME à céder!

Quel respect pour la liberté de choix des chefs d’entreprise ….?!

Car, ainsi, tous les acteurs extérieurs à l’entreprise, mais en relation avec cette PME ayant informé ses salariés, le sauront immédiatement … ! Et pas seulement ses salariés.

En quoi la déduction est-elle trompeuse, et contre-productive ?

– 1° Rien ne dit que les PME, qui ne trouvent pas repreneurs, de l’initiative même du patron, seraient toujours rachetées et donc « sauvées » par des SCOP ?

C’est à dire aptes à redevenir et rester durablement compétitives, alors même que  la transmission aux salariés n’a pas été envisagée, ou n’était tout simplement pas envisageable, faute d’avenir, et pas seulement de moyens financiers ?

– 2° Car les PME qui ne trouvent pas de repreneurs sont fréquemment dans une situation plutôt fragile, avec un modèle économique en général peu attrayant, voire dépassé, qui ne garantit pas l’avenir. C’est pour cette raison que ces PME n’attirent plus aucun investisseur sensé.

Sauvegarder des emplois est une noble finalité, mais pour combien de temps, si l’activité n’est pas viable à court – moyen – long terme?

Car, dans une telle opération, il faut quand même emprunter sur 5 à 7 ans !

Pourquoi le monde de l’Economie Sociale et Solidaire  serait-il magique au point de ressusciter de telles entreprises, stratégiquement parlant ?

Par un modèle financier autre ?

Le modèle économique d’une SCOP n’est pourtant pas particulièrement favorable au redressement / développement d’une PME, puisque les résultats dégagés sont, en général, répartis selon les proportions suivantes, compte tenu de « l’éthique de ces structures sociales et solidaires » (source Alternatives économiques) :

  • 45% pour les réinvestissements nécessaires à l’activité de la PME
  • 10% pour les dividendes des associés (puisque c’est une SARL ou une SA, aussi)
  • 45% pour le « fruit du travail » distribué aux salariés

Or une PME (non SCOP) qui génère de la croissance, et donc des emplois, consacre, en moyenne, 70% de ses bénéfices au ré-investissmeent (ou au remboursement d’emprunts faits pour un projet de croissance), en mettant seulement 30% de ses résultats (voire moins) en réserves ou en distribution de dividendes (et non pas 55% = 10% + 45%).

  • 2) Quelle est en réalité la problématique de transmission de PME ?

La solution de transmission d’une PME ne « s’affiche » pas deux mois avant

C’est bien avant, minimum 1 an avant le déclenchement du processus de cession, que la dynamique de l’entreprise permet d’envisager, ou non, un projet de transmission, susceptible d’intéresser un investisseur, quel qu’il soit.

La réussite d’une transmission de PME tient dans la formule des 3 C :

– C comme COMPETENCES :

un patron de PME ne peut imaginer transmettre son entreprise qu’à une équipe de direction réunissant toutes les compétences, après son départ.

Existe-t-elle déjà parmi ses salariés ?

Si oui, tant mieux! Mais le patron de PME y aura pensé dès le début du projet (et pas deux mois avant), car c’est un gage reconnu de réussite de la transmission par tous les financeurs.

Dans ce cas la structure juridique et de gouvernance de la SCOP ne sera alors qu’un cas particulier à examiner. Ce n’est pas la panacée en soi.

Si non, pas de miracle, il faudra trouver un dirigeant extérieur qui, de plus, accepte ce mode de gouvernance particulier qu’est une SCOP. Est ce le cas général des repreneurs? Je suis loin d’en être convaincu de l’expérience que j’en ai.

– C comme CONFIANCE :

Le choix que fera un patron de PME reposera toujours et d’abord sur une question de confiance dans LE REPRENEUR, qui doit déjà avoir fait preuve de charisme et de réussite dans une direction de PME,

ce qui ne sera pas forcément le cas d’un dirigeant élu par une assemblée des salariés. Quelle expérience préalable de dirigeant aura-t-il? Aucune.

Certes, il connaîtra l’entreprise, mais est-ce suffisant?

– C comme CONFIDENTIALITE :

C’est l’élément le plus critique, le plus opposé au principe d’annonce, plusieurs mois avant, de la mise en vente de sa société.

Un annonce publique ne peut que susciter craintes, légitimes, vis-à-vis de ses clients, ses fournisseurs, ses concurrents, certains de ses salariés hommes-clés.

Tous peuvent avoir des doutes sur cette période de transition.

Les uns et les autres renforcent des alternatives possibles aux relations existantes.

Vrai des fournisseurs, des clients, voire des hommes-clés qui peuvent être débauchés par la concurrence …

Tout ceci fait qu’un patron de PME préfère garder confidentielle la décision de transmission de son entreprise.

Et, en plus, souvent, il souhaite garder la confidentialité sur le prix de vente obtenu ! Nous sommes en France, pas aux Etats-Unis …, c’est ainsi!

Conclusion :

Malgré les bonnes intentions

  • l’une, politique, de donner plus de pouvoir aux salariés dans leur entreprise
  • l’autre, sociale, de sauver, voire développer des emplois,

ce projet de loi organise, de fait, une véritable OPA de l’Economie Sociale et Solidaire sur les PME ! Toutes les OPA ne sont pas toujours amicales ….

Déjà, les patrons de PME que je rencontre repoussent leur décision de vendre, en attendant un léger signe de reprise, en 2014 … (?),

mais là, si le projet de loi passe en l’état, je crains fort qu’ils ne retardent encore plus leur décision, en attendant une autre mandature …,

sachant, par ailleurs, qu’ils ont intérêt à continuer de cotiser pour leur retraite, ce qui, là, est normal et démographique.

Action :

Si vous partagez cette prise de position,

n’hésitez pas à la commenter ici même et à la relayer dans votre réseau

pour que ce projet de loi, qui sera discuté à l’Assemblée, à la rentrée,

fasse l’objet de débats réalistes, … avec des représentants du monde de l’entreprise, qui ne souhaitent qu’une chose : qu’on les aide, soutienne, mais pas qu’on leur impose des obligations supplémentaires.

Qu’on soit dans une SCOP ou non.

Merci pour votre attention et vos réactions.

A bientôt.

Jacques Jourdy.

Hommes politiques, ne prenez pas les patrons de PME pour de vieux renards, qui voudraient toujours ruser avec les salariés et les empêcher de leur transmettre leur entreprise !

4 réflexions au sujet de « Après pigeons et poussins voici les vieux renards patrons de PME »

  1. Cher ami.
    Merci pour cet article très intéressant et bien documenté. N’étant pas un expert de ce sujet, je ne peux pas le challenger sur le fond.
    En revanche, une fois de plus , l’histoire de cette loi montre la grande, la très grande ignorance du monde des affaires de nos dirigeants politiques. Leurs décisions résultent, le plus souvent, soit de considérations dogmatiques, soit de l’influence de groupes de pression (cf. la récente loi sur la séparation des activités bancaires).
    Ainsi va le monde aujourd’hui…

  2. Oui, Bernard, toi citoyen très vigilant!
    Pourquoi nos hommes politiques ne seraient-il pas aussi vigilants vis-à-vis des acteurs impactés à propos de tout nouveau projet de loi?
    Une loi pour sauver, créer des emplois, c’est comme lancer une idée sur le marché : il faut la tester avant, non?
    Sinon le risque est grand, comme pour un produit ne répondant à aucune attente formulée, qu’elle soit aussitôt morte à son lancement.

  3. Merci pour ces informations très intéressantes même si je ne suis pas pro dans ce domaine. Je m’intéresse depuis peu à ce sujet !

  4. Découvrez, découvrez, et posez vos questions si vous ne trouvez pas réponse à votre interrogation. Un blog, c’est fait pour cela 🙂

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