5 erreurs d’évaluation pour votre cession d’entreprise

Dans le marché de la transmission d’entreprise on entend souvent parler de cédants ou de repreneurs qui ne trouvent pas d’opportunité pour céder ou reprendre une société.
L’une des principales raisons, en dehors d’une activité non rentable ou non pérenne, est le prix.
Si Cédant et Repreneur ne se retrouvent prêts à négocier, à la marge, le prix demandé (ou proposé), c’est tout simplement que ce prix est hors marché : ou beaucoup trop haut ou beaucoup trop bas.
Pourquoi ?
Essentiellement à cause de l’application de méthodes d’évaluation inappropriées.
Or vous vous souvenez, dans nos précédents articles, 2 grandes familles de méthodes coexistent :
– la méthode patrimoniale
– la méthode des flux prévisionnels de trésorerie
Voyons ce qu’il en est lorsqu’elles sont mal appliquées.

1) La vision patrimoniale peut rendre votre prix de cession hors marché

L’actif net, calculé par la méthode patrimoniale, peut être très décalé de la rentabilité réelle.

Cette méthode est, malheureusement, encore assez souvent pratiquée par les experts-comptables.
Assistant leurs clients depuis longtemps, leur produisant les bilans d’année en année, où figurent des notions comme l’actif net, ils ont du mal à expliquer au Cédant que cette notion, si souvent actualisée au fil de temps, n’a plus d’intérêt le jour de la cession de l’entreprise !
D’autant plus que le réalisme consiste, très fréquemment, à réévaluer les actifs plutôt à la baisse, compte tenu de dépréciations dans le temps pas toujours enregistrés dans les bilans, pour ne pas diminuer, aux yeux des banquiers, la masse d’actifs.
Enfin la dernière raison de cette attitude provenant des Experts-comptables, c’est qu’ils ne sont pas toujours au fait de la valeur de marché de l’entreprise de leur client, compte tenu du marché et de la concurrence évoluant rapidement dans certains secteurs économiques.

Prenons un exemple simplifié :
Immobilisations nettes : 3 M €
Stocks : 2 M €
Résultat Exploitation : 600 k€, stable sur 3 ans
Pas d’excédent de trésorerie
Pas de dettes
CA de 7,5 M €, en croissance de 5% / an
Dirigeant se payant en dividendes.

Prix du Cédant : 5 M € (basé sur actif net, essentiellement)
Prix du Répreneur : 2,5 M € (après retraitement  rémunération Dirigeant, financement du BFR, REX retraité à 400 k €, et multiple du REX stable à 6)

Autre erreur classique : l’écart entre valeur de marché et valeur des actions

Voilà un problème que les experts-comptables sont plus à même de bien traiter et anticiper vis à vis du Cédant : la prise en compte de l’endettement résiduel de la société.

Il n’empêche que cela peut ne pas être pris en compte par un cédant qui s’est fixé un seul psychologique de cession de son entreprise, comme étant la somme de toute une vie de labeur acharné au développement de outil économique.

La valorisation doit être nette de toute dette, car, pour racheter l’entreprise le repreneur s’endette, et la banque, qui finance le repreneur, ne veut pas reprendre les dettes du cédant (risques, taux, durées, …  introduiraient de l’hétérogénéité dans l‘appréciation du risque et le montage financier lui-même).

La pratique de valorisation des entreprises par les repreneurs consiste toujours à retirer les dettes nettes de l’évaluation économique de l’entreprise.

Il faut, parfois, beaucoup de pédagogie pour expliquer au cédant cet écart de prix entre celui espéré et la valeur des actions qui vont être cédées, a fortiori su le cédant avait en tête la valeur de l’actif net.

Cela a été le cas de Cédric Robert lorsqu’il a racheté les scieries de Challans, entreprise de transformation de bois, avec de nombreuses essences exotiques qui nécessitent un long séchage sur parc, c’est à dire un stock considérable en termes financiers, qui continuaient de générer un endettement significatif.
Cette spécificité a bien à voir avec le modèle économique de rentabilité de la transformation du bois. Mais  il ne justifie pas un prix de cession élevé !

2) Les prévisions de cash flows sont à manier avec prudence

Valoriser une entreprise par l’approche des capacités de génération de liquidités est déjà un bien meilleur départ pour aboutir à une évaluation raisonnable.
Car, c’est bien la capacité de l’entreprise à générer des résultats permettant de rembourser l’emprunt sur 7 ans du repreneur qui est l’élément déterminant dans l’évaluation de l’entreprise.
Encore faut-il rester raisonnable dans les hypothèses d’avenir prises en compte.

La méthode des cash flow prévisionnels doit reposer sur des hypothèses économiques valides

Le problème réside dans la capacité à ne pas construire un modèle théorique de croissance de l’entreprise (niveau de croissance du CA, pérennité du modèle de rentabilité, par rapport à la concurrence existante, par rapport aux nouveaux entrants, par rapport à de nouvelles contraintes environnementales, sociales, fiscales, ….) qui ne soit qu’un ensemble de rêves, toutes choses égales par ailleurs.

La vie économique montre chaque jour davantage, que les modèles du passé se déforment vite, de plus en plus vite, et qu’il est devenu impossible de tabler sur des croissances linéaires, fussent elles faibles.

C’est d’ailleurs le syndrome bien connu des start up, qui, n’ayant pas encore éprouvé les contraintes du marché et de la concurrence émergente sur les mêmes niches d’activité, présentent des courbes d’évolution des résultats allant … jusqu’au ciel.

La méthode de calcul de capitalisation des flux de trésorerie (dite DCF) est encore plus inappropriée pour des entreprises largement établies dans des métiers existants

La méthode DCF est un calcul théorique mathématique sur des hypothèses financières qui consistent à tenir compte :
– du taux d’actualisation d’un flux de liquidité
– d’un niveau de risque associé au taux de croissance estimé
– d’une stabilité du modèle économique de l’activité d’au moins 5 ans
D’expérience on arrive à des résultats peu crédibles pour tous les acteurs : les repreneurs, les investisseurs, … n’y accordent aucun crédit.
C’est juste bon pour faire rêver des particuliers qui voudraient investir dans une nouvelle pépite.
Malheureusement, le financement participatif (crowdfunding), a tendance à présenter ce genre d’envolées stratosphériques sur la valorisation des investissements des nouvelles sociétés hightech.

L’entrepreneur cédant avisé, lui, au delà de sa préparation humaine de la transmission de l’entreprise, doit modéliser l’évaluation de l’entreprise longtemps avant la cession, pour vérifier la robustesse du modèle empirique constaté.

Cela a été la vision de Jacques Marchand, Cédant de ChromeDur Industriel,  quand il s’est préparé, 5 ans à l’avance, à la transmission de son entreprise.
Au delà de l apréparation humaine, il s’est entraîné à évaluer son entreprise au «  plus juste prix »

3) l’absence de vision stratégique est un dernier cas de non rencontre possible entre cédant et repreneur

Dernier cas d’échec sur le prix de cession : le cédant veut céder une entreprise complètement en perte de vitesse, voire avec des résultats négatifs, car, souvent, il a trop attendu.

Cette situation, peu attractive pour un repreneur, peut néanmoins être mal évaluée à sa juste valeur.

En effet, si l’entreprise a un réel savoir faire, et que sa situation financière est due à une mauvaise gestion, de mauvais choix, un repreneur averti peut élaborer une stratégie de reconquête du marché qui peut devenir payante.

Cela ne le conduira pas à sur valoriser l’entreprise, mais il peut s’y intéresser.
Et comme le cédant n’aura pas beaucoup de propositions, il sera bien obligé d’essayer de négocier.
C’est alors qu’il prendra conscience du défaut de management stratégique de son entreprise.

C’est exactement le cas d’Isabelle Ruelland lorsqu’elle a racheté une entreprise très originale : Ma Langue Au Chat, agence de communication événementielle

Moralité : l’évaluation peut être un sujet de toutes les crispations, tant pour le cédant, que pour le repreneur.

Pour aboutir, les 2 parties doivent avoir conscience que ce n’est pas, paradoxalement, le principal sujet de discussion.
Il doit naturellement arriver à temps, pour conclure, mais il doit être précédé d’une véritable analyse partagée de la situation actuelle et de ce qu’il faut faire pour pérenniser l’activité, voire la développer de façon durable.

Merci de votre attention.
A bientôt.
Jacques Jourdy

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